14 mars 2006

En attendant bébé

« LETTRE D’UNE GRAND-MERE A SON PETIT ENFANT »

 

 

Coucou, bel (ou belle) inconnu(e) qui se cache quelque part. Quand tu te décideras de paraître, je peux t’assurer de tout mon amour. Je te pincerai, tendrement, partout. Je te couvrirai de mille et un bisous. Fille, plus tard, si tu le permets, je te ferai des couettes.
Et puis que de choses à te raconter !
Je te montrerai les bonheurs tout simples de la vie comme cueillir du persil ou de la ciboulette dans son petit jardin, partager le plaisir de faire la cuisine, ricaner de quelques secrets, être subjugué par un arc-en-ciel, écouter les soirs d’été le moteur des pointus qui partent à la pêche,  apprécier la force des pins qui se plient et résistent au mistral, se faire caresser par  les embruns lors d’une balade au bord de la mer et surtout rire, RIRE qui représente la joie, le jeu et qui rééquilibre les soucis.
Cependant, je te demande des excuses de t’accueillir dans ce monde aujourd’hui dur, compliqué, monstrueux où l’Homme n’arrive pas à faire sa place, où l’on ne parle que gestion, où l’argent est toujours au centre des débats.
Mais n’aie  pas peur,  je serai là.
Les hommes sont devenus fous, les jeunes n’ont plus de repères. La pollution mobilise tout un ministère tellement la tâche est d’une grande ampleur. Les religions sont mises sur le devant de la scène pour exploiter les différences. Les armes ne disparaîtront donc jamais que les hommes les testent toujours ! Les couples se déchirent. Les articles de journaux se gargarisent de faits divers odieux. Pour rapprocher les générations et inciter les enfants à se tourner vers la lecture, des bénévoles se rendent dans les écoles pour lire des histoires aux tout-petits.
Et puis, et puis, et puis …
Mais n’aie pas peur,  je serai là.
Alors je rêve …
Je fais le vœu qu’un jour, en rangeant les tiroirs tu trouves cette feuille, jaunie par le temps, un peu écornée et qu’avec un sourire moqueur tu découvres ces lignes et que tu te dises : au temps de ma grand-mère, ce temps d’avant, c’était trisssste !
Aujourd’hui, dans les jardins publics,  une harpe égrène ses notes devant un parterre de grands et petits souriants. Les bancs et les pelouses sont investis par des enfants qui s’adonnent à la lecture.
Le ministère de l’environnement n’a plus qu’une agence de veille. Les voitures ne polluent plus. La couche d’ozone est colmatée.
La fonction du ministre de l’Intérieur n’existe plus qu’à titre honorifique. On ne le voit plus se déplacer pour des décorations à titre posthume mais si on veut le rencontrer, il faut vainement chercher le long des plages, un petit homme aux lunettes noires, avachi sur son transat, attendant les heures qui passent.
ANPE, OGN, tu plongeras dans les livres d’histoire pour connaître leur signification et tu seras intrigué(e) par le pourquoi de leur création.
Mais comme je t’aurai prévenu(e), je t’aurai peut-être donné la force de te protéger un peu de tout ça.
Et puis, n’oublie pas de rire, car quelque part je serai toujours là.

09 janvier 2006

Mon entrée en 6ème

Chouchoutés par nos parents, tous les enfants du quartier fréquentaient la même maternelle et les mêmes écoles primaires. Accompagnés toujours par l’une de nos mères, depuis quelques années nous regagnions nos petits bancs, insouciants et confiants avec pour unique peur celle du grand méchant loup. J’abandonnais définitivement l’itinéraire bien établi jusqu’à mon accès à l’école.

A partir de cette année ça allait changer. Nous entrions en classe de 6ème.

Les lycées et collèges existants furent construits bien des années après. Il nous faudrait désormais nous rendre en ville en bus, seules, du matin jusqu’au soir, le repas sera pris obligatoirement à la cantine. Les classes n’étaient pas mixtes. Les plus grandes du mois de juin devenaient les plus jeunes du mois d’octobre.
La guerre faisait rage en Algérie. La classe dans laquelle nous pénétrions avait vue sur les quais. Nous apercevions ainsi le départ des bateaux gorgés de nos jeunes militaires partant défendre une cause dont à leur âge ils ne savaient peut-être pas donner un sens. Une camarade était assise au premier rang. Très triste, ses cheveux châtains peignés en longue queue de cheval, elle était toujours vêtue de noir. J’ai vite appris que les combats de l’autre côté de la méditerranée lui avaient enlevé son frère.
L’emploi du temps nous était distribué. Les journées comportaient des trous : des plages d’horaires libres que l’on appelait « études ». Quelquefois il nous était permis de terminer plus tôt. La pression que l’on nous avait communiquée s’ajoutait à l’appréhension de connaître mes professeurs, surtout celui d’anglais car il me tardait d’apprendre cette langue étrangère.  Je dis « cette » car je n’ai pas en mémoire, qu‘à l’époque, on nous proposait à ce niveau là d’études de découvrir beaucoup d’autres langues. L’anglais apparaissait la plus facile à intégrer et était la plus commerciale.
Ce moment là est arrivé. Le professeur, une dame d’âge mur, pénétrait dans la classe. Nous avions pour consigne, et ça ne nous a jamais pesé, de nous lever quand un adulte entrait. Et émerveillement, nous entendîmes « sit down ». On étouffait des ricanements. Quelques unes d’entre nous refaisaient leur 6ème pour la deuxième fois. Après les présentations d’usage, quelques précisions sur ce qu’elle attendait de nous, la manière de travailler, elle commença son cours.
Je me souviendrai de ce jour. Elle brandissait une feuille de papier un peu rigide sur laquelle était dessinée une abeille et la phonétique et nous disait avec ses yeux bleus et très calmement « This-is-a-bee ». Elle le répétait plusieurs fois en bien décortiquant. Je revois toujours sa langue qui venait se bloquer contre ses dents. Demandant aux redoublantes de ne pas répondre, elle enchainait avec « What-is-this ? ». Nous la regardions avec des yeux écarquillés, personne n’avait l’air de comprendre ou n’osait lever le doigt. A la bonne réponse, il fallait ajouter la prononciation. Et si les autres se seraient moqué ?  J’avais deux amies qui habitaient près de chez moi et l’une d’entre elles avait une cousine qui préparait son bepc. Pendant l’été, ma collègue avait voulu nous initier au parler britannique. La seule chose que nous avions apprise était le présent de l’indicatif du verbe être et nous nous imaginions en connaître déjà un morceau !
Finalement le professeur interrogea une redoublante et pratiquement toute la classe comprit. Et puis ce fut la liste des Pig, Horse, Duck et ainsi de suite. Elle insistait sur la phonétique, nous faisait répéter jusqu’à ce que notre prononciation lui convienne. L’heure a vite passé. Je sortais de ce cours contente de tous ces mots découverts, pleine d’enthousiasme dans l’attente de la prochaine séance.

07 janvier 2006

Souvenirs d'enfance

Je me  souviens  …

Sur une petite place, accroché au mur, au-dessus de l’échoppe de la fleuriste, on ne pouvait pas le louper. Sur le chemin de l’école, sur le chemin des emplettes, visible par tous, un panneau publicitaire annonçait le film qui serait projeté dans le week-end – le cinéma de quartier ouvrait ses portes seulement quelques séances le samedi et le dimanche – dans cette salle située sur le littoral, devenue aujourd’hui un supermarché.

Je revois sur les affiches Sophia Loren dans « La fille du fleuve » avec sa bouche voluptueuse, sa poitrine explosive qui nous faisait envie, nous pré-adolescentes. Et le beau Burt Lancaster ! Son regard profond, il se sortait de toutes les situations même les plus dangereuses, face à un rival, face aux indiens. La série des Pain-Amour (jalousie, fantaisie, ainsi soit-il) avec l’élégant Vittorio de Sica.

Mes parents limitaient ce genre de sortie mais quand elle avait lieu … c’était le soir … elle prenait des proportions incroyables. Ce n’était pas le même cinéma, nous allions dans un autre lieu pas très loin, non plus, mais soi-disant fréquenté par des gens plus populaires – l’autre leur paraissait un peu trop chic -, je ne comprends toujours pas pourquoi ?! Bien sûr, les films que l’on projetait à cette époque et qui les attiraient étaient toujours tragiques comme « Le fils de personne ». C’était l’époque où le cinéma italien était mis sur un piédestal : avec un acteur comme Folco Lulli qui avait des rôles de personnages vicieux.

Le film avait été beau si l’on avait beaucoup pleuré !

En première partie, on y suivait les actualités... la même voix pour les commentaires. Sans télévision en ce temps-là, les célébrités de la politique, du monde des affaires, du 7ème art nous devenaient ainsi plus familiers. Nous n’en connaissions qu’une image figée dans les journaux ou les magazines. Et puis, à l’entracte, le clou ! la famille s’offrait une gâterie. L’ouvreuse faisait son apparition et lançait son très connu « bonbons, caramels, esquimaux, chocolats glacés », Son panier rectangulaire en osier tressé, suspendu à son cou, elle nous laissait choisir. Moi, c’était la boîte rectangulaire, peu m’importait les gourmandises à l’intérieur, je ne retenais que la photo de l’acteur ou de l’actrice en noir et blanc, sur papier glacé, qui figurait sur le dessus. Elle venait enrichir ma collection et surtout me faisait rêver comme tout ce qui est inaccessible. Elle, j’aurais tant voulu lui ressembler, Lui j’aurais tant voulu le rencontrer.

L’été, c’était le départ vers la Savoie. La « petite »  avait besoin de changer d’air. On ne parlait pas de pollution ni d’écologie en ce temps-là mais sur les conseils du médecin, comme beaucoup d’autres gosses, nous devions atteindre les sommets pour repousser notre fragilité face aux refroidissements que l’on attrapait si facilement l’hiver même dans notre région. Alors papa qui avait un ami d’enfance devenu grenoblois d’adoption avait négocié un séjour chez une parente, mémé Pauline, qui avait une ferme et qui travaillait dans ses champs. Quelle expédition ! en train … Nous partions de la maison en bus, (quelquefois en taxi) papa devant avec la grosse valise en épais carton rigide, dont les coins étaient renforcés par du métal tout comme la poignée et qu’il bloquait par une ceinture faisant le tour pour éviter toute ouverture intempestive. Maman et moi marchions à quelques pas de lui ; elle avait, il me semble, aussi une autre valise beaucoup plus petite, le grand sac à main qui contenait sûrement boisson ou biscuits au cas où … et me serrait la main par l’autre côté.

Après l’arrivée du bus qui nous laissait sur le Vieux-Port, nous rejoignions la gare st Charles en passant, pour aller au plus court, par des rues peu fréquentables, dont la tenue et le maquillage des dames me surprenaient. Maman me disait : « chut, ne regarde pas et marche, on va arriver ». Dans l’effervescence de la gare, papa essayait de repérer le quai du RG. Et oui, c’était le nom du train, Rome-Genève ! On était dégourdis mais on voulait être sûrs de ne pas se tromper. Il est vrai que ce n’était pas tous les jours que l’on partait en vacances ! Il valait toujours mieux se faire confirmer par un employé de la SNCF qui, avec un accent des plus marseillais et un regard attentif mais très sûr sur nos billets, nous disait « en tête, complètement en tête ». Nous étions comme d’habitude à l’avance mais d’un pas alerte, nous nous dirigions vers notre wagon (ou voiture). Il était minuit et quelques secondes et c’était le grand départ. Les séjours étaient toujours agréables. C’était généralement en juillet. Dans le monde paysan, ce sont les saisons qui guident les journées. Mon père aidait les hommes à rentrer les foins. Quelquefois ils partaient tous de très bonne heure. La moisson devait être courte et l’on devait profiter du temps clément. Puis les femmes les retrouvaient l’après-midi avec le casse-croûte et la boisson. Nous, les enfants, avions droit à la charrette destinée à ramener le foin. Ce n’était pas du tout confortable, les soubresauts nous faisaient pincer les cuisses entre les planches de bois. Et quand nous chantions, nos sons vibraient. Qu’est-ce que l’on a pu en rire ! Si j’y allais piedibus, mes aînés me racontaient des histoires. C’est ainsi que j’ai découvert Peau d’âne.

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